Ils sont Place Furstenberg, sur un trottoir en face du musée Delacroix et ils s’embrassent. Je suis à l’autre extrémité de la place et ce que je perçois d’eux, ce sont des bras qui enserrent des jambes de femme. C’est la seule partie d’elle que le grand corps de son amoureux ne cache pas à notre vue. D’ailleurs, de loin, je ne comprends pas tout de suite ce qui se passe, je me mets même, un court instant, à imaginer un homme tenant un corps sans tête contre sa poitrine. Ce n’est qu’en me rapprochant d’eux que je m’aperçois que les bras de l’homme enveloppent sa compagne et lui font une sorte de manteau ou de creux dans lequel elle peut venir parfaitement se lover. Je ne sais pourquoi, j’ai l’impression d’être au cinéma face à deux comédiens tombés amoureux l’un de l’autre au cours du tournage d’un film américain (même de dos, même de loin, je vois qu’ils ne sont pas français) tant ils en ont l’esthétique. Puis quand j’arrive à leur hauteur, ils ne m’ont toujours pas vue, d’autres pensées, d’autres buts les animent, ils décident de s’éloigner, de reprendre leur marche visiblement interrompue par l’impérieuse nécessité de s’embrasser. J’ai à peine le temps de regretter leur baiser de cinéma dont j’aurais voulu qu’il se prolonge sans fin et je les regarde un moment, avancer devant moi côte à côte, s’éloigner l’un de l’autre puis se rapprocher, se toucher puis s’écarter à nouveau dans une sorte de mouvement perpétuel où chaque rapprochement ressemble au miracle de l’amour perdu puis encore une fois, comme si c’était la première de toutes les fois, trouvé et retrouvé.

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