C’est leur détermination, cette certitude tranquille qui transparaît dans chacun de leurs gestes et dans chacun de leurs pas qui attire mon attention. Il y a quelque chose en eux qui est sûr de soi, mais plus encore peut-être, qui est sûr de l’autre, de son soutien, sûr de ses sentiments et c’est cela qui transparaît dans leur façon de marcher et dans celle qu’ils ont de se parler. Même si je ne distingue pas ce qu’ils se disent, sa voix à elle est joyeuse et enjouée : elle chante plus qu’elle ne parle et quand il lui répond, dans sa voix à lui, plus profonde, plus grave, on entend l’intérêt qu’il porte aux mots de sa compagne.

L’idée qui s’impose très vite à moi est qu’ils sont heureux ensemble et que c’est étrange de pouvoir, avec une telle certitude, dire de deux inconnus qui se contentent de marcher dans la rue et que l’on ne voit que de dos, qu’il est évident qu’ils s’aiment. Est-ce cette façon qu’elle a de glisser sa main sous son bras avec cette confiance un peu douillette, ou qu’ils marchent exactement d’un même pas, ou encore qu’il n’y a pas en eux la moindre hésitation? est-ce la couleur coquelicot de son pantalon, son petit foulard noué autour du cou ou la pochette rose perlée qu’elle tient en main ? est-ce ce sac qu’il porte en bandoulière et qui contribue à lui donner une allure si juvénile malgré ses cheveux blancs ? ou est-ce tout cela et autre chose encore, autre chose surtout, qui ne passe pas par les mots, qui se dit entre les lignes, entre les phrases, dans l’interstice ou la proximité entre leurs deux corps, dans leur ressemblance ou leur extrême différence, dans quelque chose d’impalpable enfin qui les dépasse et qui porte le nom d’amour ?