Quand je les rencontre, ils se tiennent par la main et je sens bien que c’est une nécessité pour eux de se toucher, de sentir l’autre présent à ses côtés, proche et toujours aimant, de retrouver une fois encore la douceur et la chaleur de sa main. Je les trouve touchants, je les trouve charmants et je me dis que c’est rare à leur âge, et je me surprends moi-même face à la pauvreté d’un tel poncif.

C’est un moment de la journée où la pluie a laissé place au soleil et ils déambulent tous les deux, sans but précis, semble-t-il, dans la rue. Ils ne se parlent pas, les choses n’ont pas besoin de se dire, dans ce moment-là en tout cas et j’imagine, derrière leur silence tranquille, de longues années de vie commune traversées ensemble. J’imagine les orages, j’imagine les tempêtes, j’imagine ces moments où l’amour entre eux n’a plus eu que l’épaisseur d’une feuille de papier, j’imagine aussi ce qu’il leur a fallu d’inventivité, de créativité, de foi en soi et de foi en l’autre, d’amour en un mot, pour continuer à marcher dans la rue comme ils le font la main dans la main.

Brutalement, pourtant, elle va s’écarter de lui et faire un pas de côté vers la gauche pour regarder un objet qui l’interpelle et qui semble la fasciner au point qu’elle lâche la main de son compagnon. De quoi s’agit-il ? je n’en sais rien, je n’ai rien remarqué de particulier à cet endroit. Ce que je sais, en revanche, c’est que lui, s’arrête pour l’attendre, et qu’il l’attend patiemment, sûr qu’il est, que dans quelques secondes sa main à elle retrouvera sa place naturelle dans sa main à lui.