« Ceci n’est pas un couple », pourrait-on dire de ces deux-là, pour plagier le fameux : « ceci n’est pas une pipe » de Magritte.

C’est d’abord elle, sortie de je ne sais où, qui déboule en trombe derrière moi, telle une mouche folle, puis qui me double sur ma droite comme si elle était poursuivie par le diable en personne. On croirait une poupée mécanique dont on aurait tourné la clef. Quelques secondes plus tard, elle est suivie par un homme qui me dépasse lui aussi, cette fois sur ma gauche et dont je me dis qu’il est probablement son compagnon. Pourquoi ? Parce que quelque chose dans leur allure, dans leurs vêtements, leur air de venir d’ailleurs, me le dit, et puis parce qu’il essaie visiblement de la rattraper et qu’elle essaie de le distancer avec la même énergie qu’il met à vouloir la rattraper, qu’il a l’air aussi penaud qu’elle semble hors d’elle.

Elle est mince, presque désincarnée, et nerveuse et à fleur de peau et à fleur de nerfs et lui, tout en rondeurs et sûrement jovial, et bon vivant. Une bonne bière, une bande de copains et un match de base-ball à la télé suffiraient probablement à le rendre heureux, plutôt que de vivre avec une femme qui lui empoisonne quotidiennement l’existence, une furie que tout agace, qui fait des drames pour un rien et que tout dégoûte, le moindre hamburger qu’il lui arrive une fois ou deux, pauvre malheureux, d’oublier dans une assiette au beau milieu du salon, alors qu’elle est végétarienne, ne se nourrit que de graines et qu’il devrait le savoir. Oui, il le sait, il sait tout ça et beaucoup d’autres choses aussi la concernant, mais ce qu’il sait surtout c’est que contre toute logique, il tient à elle. Il n’a aucune idée des raisons qu’il aurait pour cela mais au bout du compte, il finit toujours par se dire que le pourquoi du comment n’a aucune importance dans la vie et qu’il y a des savoirs qui ne servent strictement à rien.