Je constate, à relire quelques-uns de mes photo-textes qu’il y est souvent question d’ « un amour qui dure », et même si je m’aperçois que cela semble être une valeur partagée par la plupart d’entre nous, je m’interroge sur ce qu’il en est de ce type d’amour. Quel est-il cet amour, non pas fait, prévu, conçu spécialement, pour durer et d’ailleurs comme cela serait-il possible ? mais qui, à l’usage, s’avère durer.

Je n’en sais rien, si ce n’est qu’il n’y a aucune recette. Ce n’est pas une affaire de qualité, au sens de bonne ou mauvaise qualité ni de quantité, d’intensité, mais à mon sens, de la capacité d’un lien amoureux à se transformer tout en restant lui-même, à changer, exactement comme la matière elle-même, de composition chimique selon les moments, les circonstances, les aléas de la vie et de passer sans cesse d’une sorte d’état solide à un état liquide, sans oublier l’état gazeux jusqu’à disparaître pour renaître sous une forme ou une autre mais jamais au moment ni sous celle qu’on attendait, voire qu’on espérait. C’est ce mélange d’autonomie et de capacité d’adaptation qui dépasse complètement la simple volonté des protagonistes qui permet à cette chose si fragile, si impalpable, finalement, puisqu’elle échappe à toute tentative d’emprise sur elle, d’exister à travers le temps. C’est ce qui la rend si désirable et qui en fait sa magie.

© Photo : Benoît Pype, Le Ballet Furtif / Galerie Aline Vidal