Sans titres

Un pin se balance doucement sur le bleu d’un ciel immobile,
Elle se plaint d’avoir des invitées sous ses pieds
Sa mère se lève,
Laisse Lol V. Stein
Sur un banc
Et, une à une,
Les lui retire.

Présence invisible
Que rien ne lasse,
Les cigales
Scient sans cesse
Le vide
De l’été.

Un ciel de ouate,
Humide et chaud s’enroule,
Blanc,
Autour de la maison
Qui s’engourdit.
Plus rien ne bouge.

Au loin, le bruit d’une scie.
Des arbres que l’on coupe.

Ce matin elle se réveille
Dans sa sortie de bains blanche ;
Comme une enfant sage
Elle balaie
Sur l’allée en caillebotis
Les épines de pin
Tombées la veille.
Son père s’il arrive demain,
Sera-t-il content d’elle ?
Ou faudra-t-il mieux
Balayer aussi les galets ?

Les cigales,
Au signal donné
Démarrent ensemble
La même partition
Mais où est-il
Celui qui a donné le la?

La maison d’aujourd’hui
Echo lointain d’une autre
Qu’il a fallu quitter
Pour toujours
Le jour où les cris des enfants dans le jardin
Ont laissé place aux clameurs
D’une foule en colère.

Dans la chaleur de la nuit
Je me tourne et me retourne,
Moite,
Entre mes draps
Cherchant
En vain
Dans la tourmente
Un souffle d’air
Et un sens
A la vie.

Simon

Il ouvre la porte,
Il attendait le facteur,
En une seconde,
Son regard change,
Il passe de la curiosité
A la tendresse
Avec un petit mouvement,
A peine,
De la tête
Qu’il incline sur le côté,
Ses yeux changent
De couleur,
Ils deviennent plus limpides encore,
Et plus clairs
Comme s’ils entraient
Dans la lumière
Puis il lâche la porte
Et se jette contre moi,
Sa tête se pose
Exactement
A l’endroit où mon cœur
Bat,
Ses bras m’enserrent la taille,
Il reste immobile
Un long moment,
Puis il me lâche
Et se met à courir joyeusement
Dans le long couloir
Au bout duquel il joue
A la guerre
Avec son tout petit frère.

Noé

Son frère court derrière lui
Armé d’une bouteille
Vide en plastique
Il est tout petit
Mais il est solide
Son corps est vigoureux
Et il a l’air heureux
Au début il rit
A gorge déployée
Il n’en peut plus de rire
Et je ris aussi
Avec lui
Puis soudain
Il prend peur
Et pousse des cris
Et il pleure
Je le prends dans mes bras
Et c’est comme si
tout son corps
était devenu un cœur
qui bat.

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